1. Le pays et les hommes

Les frontières de l’actuel Togo sont le résultat des compétitions et des partages coloniaux successifs entre la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagane. 

Le Togo se présente comme une petite bande de terre de 56 600 km2. Il est limité au Nord par le Burkina-Faso, à l’Est par le Bénin et à l’Ouest par le Ghana. Il s’étire sur 600 km de l’océan Atlantique au sud jusqu’au Burkina Faso au nord, et est large d’à peine 45 km sur la côte. Par endroits, cette largeur peut atteindre près de 140km à la latitude de Sotouboua ou d’Atakpamé. 

Le pays connaît une grande diversité spatiale, économique et humaine, en raison de sa configuration géographique.

  • Le milieu naturel

Schématiquement, le Togo est pris en écharpe par une chaîne de montagnes, de direction nord-est/sud-ouest, de part et d’autre de la laquelle se situent deux plaines : la plaine du Mono au sud, qui s’étend sur une cinquantaine de km et la plaine alluviale de l’Oti au nord qui se termine par le plateau gréseux de Bombouaka. Cette chaîne de montagnes est peu élevée (de 700 à 900 m) mais avec des pentes très raides. C’est le prolongement au Togo du massif dahoméen de l’Atakora, qui s’achève au sud-est par la dorsale ghanéenne de l’Akwapim. La chaîne togolaise atteint ses plus fortes altitudes au sud, dans la région du Kloto, avec 986 m au mont Agou, massif isolé de  « roches vertes »  très anciennes, que l’on retrouve aussi dans les massifs kabiyè. 

Ces reliefs marquent fortement le paysage, et ont largement conditionné tant la mise en place que le mode de vie des populations.

Sur le plan climatique, le Togo présente trois zones climatiques, où le relief (et non la latitude) commande la pluviosité. On y distingue deux saisons pluvieuses, l’une longue (de mars à juillet, avec un maximum en mai/juin), l’autre brève (en septembre-octobre), alternant avec deux saisons sèches, l’une longue (de novembre à mars), la seconde plus courte (en août-septembre). 

Cette situation climatique a modelé la végétation et les paysages du Togo. Le pays peut être divisé en deux grandes zones écologiques:  au Nord, la région à climat soudano-guinéen est dominée par la savane soudanienne à végétation arbustive et herbacée, avec des forêts claires sur les montagnes; au Sud, la région à climat guinéen est couverte par la savane guinéenne à végétation arborée. Seuls les reliefs du Sud-Ouest sont couverts par la forêt. La savane soudanienne, arborée et arbustive, est en rapport étroit avec la diminution des totaux pluviométriques; elle se dégrade au fur et à mesure que l’on avance vers le nord. 

Au total, le Togo jouit d’un climat assez favorable aux activités humaines. Si la saison des pluies unique du Nord n’assure qu’une seule récolte annuelle, au Sud, les deux saisons humides en permettent deux. 

Les cours d’eau du Togo, du fait de leur orientation nord-sud, possèdent des régimes intimement liés au climat: au Nord, ils ont un régime tropical sec à long étiage, au Sud, un régime tropical humide à deux crues.

Le réseau hydrographique est davantage dépendant des formes du relief, du matériel rocheux et de la perméabilité des sols. Ainsi peut-on regrouper les fleuves, les rivières et les lacs du Togo en trois grands systèmes: le bassin de l’Oti au Nord-Ouest (34 500 km\ le bassin du Mono au Sud-Est (9800 km2) et le système des cours d’eau côtiers (4 300 km2). 

L’Oti, principal affluent de la Volta, prend sa source au Bénin; il traverse la partie septentrionale du Togo en suivant une diagonale nord est/sud-ouest sur près de 170 km ; il atteint la frontière ghanéo-togolaise légèrement au sud de la latitude de Mango, et recueille sur sa rive droite les eaux de l’Oualé, du Sansargo et du Koukombo. A partir de la confluence du Koukombo, l’Oti, suivant une orientation nord-sud, marque 175 km de frontière avec le Ghana avant de quitter le Togo. Sur sa rive gauche, le Koumongou, la Kara et le Mô lui apportent des eaux abondantes, collectées dans les massifs montagneux bien arrosés des régions de la Kara, de Bafilo, de Bassar et de Sokodé.

Le Mono, seul vrai fleuve togolais, tisse avec son système fluvial un réseau arborescent très ramifié, dont il est l’artère centrale; il prend sa source à l’est du plateau kotokoli, non loin d’Aledjo Kura, au Bénin, et parcourt sur le territoire du Togo une distance de 560 km avant de se jeter dans l’Atlantique à l’est de Grand-Popo, au Bénin. Il reçoit, dans son cours supérieur (290 km), les eaux de l’Ogou sur sa rive gauche et celles de l’Anié sur sa rive droite. Dans son cours moyen (110 km), il reçoit sur sa rive gauche le Nonkponé et sur sa rive droite l’Amou. Dans son cours inférieur, à partir de Tokpli, le Mono, devient un véritable fleuve de plaine, navigué autrefois. Il a creusé, à travers les terres de barre, une vallée très large, marécageuse mais riche en palmiers, où les villages se réfugient sur d’étroits bourrelets alluviaux. Il prolonge jusqu’à Agbanakin la frontière avec le Bénin commencée depuis Tététou.

Entre les couloirs terminaux des deux grands bassins qui se partagent le Togo, s’insère un troisième domaine, très modeste par sa superficie, drainé par le Zio et le Haho. Ces deux rivières à régime tropical humide (à deux crues) alimentent le lac Togo, lagune littorale qui a occupé les basses vallées de ces fleuves côtiers après leur surcreusement lors des périodes glaciaires. Le littoral est entièrement composé d’un cordon sableux, remanié à plusieurs reprises dans les derniers millénaires, façonné par un puissant courant maritime d’ouest en est, qui bouche les estuaires ou les repousse (ainsi celui du Mono) de plus en plus loin vers l’est. C’est une côte dangereuse pour l’homme, peu propice à la pêche et encore moins au trafic maritime. Elle est actuellement gravement menacée d’érosion, car l’on a bouleversé son équilibre naturel (déjà instable). La construction du port en eau profonde de Lomé a provoqué l’élargissement constant de la plage devant la ville et son recul brutal entre Lomé et Agbodrafo.
Les sols, déterminés par le climat et par les divers substrats géologiques, sont dans l’ensemble de valeur agronomique moyenne à bonne. Ils sont plus pauvres sur les plateaux quartzitiques, mais bons sur les massifs de roches basiques, comme le mont Agou et les massifs kabiyè. Rares sont les encroûtements stériles, comme le plateau de Farendé, petite zone désertique entre les deux massifs surpeuplés du pays Kabiyè. Dans la Région Maritime, les couches sédimentaires du « continental terminal » sont couvertes d’épaisses argiles ferralitiques, la « terre de barre », très favorables à l’implantation humaine(!), grâce à leur texture, mais assez pauvres chimiquement. La surexploitation des sols, en pays Ouatchi, a conduit à une dégradation poussée. Les meilleures terres du Togo se trouvent dans la même région: ce sont les sols lourds des vastes vallées alluviales qui aboutissent à la côte, et de la dépression marécageuse dite de la Lama, au sud de Tabligbo. Mais les populations voisines n’ont jamais possédé les techniques agricoles capables de les mettre en valeur : c’est en fait une réserve de richesses pour le XXIè siècle.

  • Le peuplement

La population togolaise était de 6 191 155 habitants au recensement de novembre 2010, avec une croissance annuelle estimée à 2,84 %.

La pyramide des âges montre que 67 % de la population a moins de 25 ans, 26 % entre 25 et 55 ans et 7 % plus de 55 ans. La population togolaise est très jeune: l’âge moyen est de 15 ans (14 ans dans les campagnes, 16 dans les villes, où affluent les adultes). 48,6 % des habitants sont du sexe masculin contre 51,4 %du sexe féminin, ce qui confirme l’existence de courants migratoires masculins importants vers l’extérieur du pays. La répartition des Togolais en groupes culturels est très éclatée:

On dénombre 38 ethnies, dont 22 comptants plus de 10 000 ressortissants. On peut les classer en grands groupes géographiques, de tailles très différentes :

– Les populations « ajatado » : 44 % (Ewé, Ouatchi, GUill, Aja…) au sud;

Les populations du moyen-Mono : 3 % (lfè, Fon, Mahi, Anyanga…) ;

– Les populations des Plateaux de l’Ouest : 4 % (Akposso, Akébou…) ;

– Les populations des chefferies du Nord : 10 % (Kotokoli, Tchamba, Tchokossi, Bassar…) ;

– les populations des massifs et piémonts du Nord: 21 % (Kabiyè, Nawdéba(l), Lamba…) ;

– les populations des plaines et plateaux de l’Extrême-Nord: 14 % (Moba, Gourma, Konkomba, Peul…);

– Enfin divers: 4 % (dont Haoussa, Yorouba, non-Togolais…), surtout citadins.

Une donnée essentielle du peuplement du Togo est sa répartition très inégale : pleins et vides se juxtaposent, qui modifient les comportements et provoquent des flux migratoires particulièrement importants. Cette répartition est bien plus le fait des données de l’histoire que des contraintes de la nature, même si, localement, ces dernières sont parfois déterminantes.

C’est donc une mosaïque de situations locales contradictoires que la colonisation intègrera dans les frontières du Togo. S’il existait déjà des complémentarités économiques et des liens commerciaux puissants, c’est dans ce cadre politique et dans le réseau de ses routes et de ses voies ferrées que les Togolais vont vivre ensemble et apprendre à se sentir de plus en plus solidaires. La nation n’a pas précédé l’État: elle en est le produit, encore fragile, mais vivace et riche d’avenir.