Images des Panelistes Conférénce Nationale Souveraine du Togo

Le Togo vers et après sa Conférence Nationale Souveraine (CNS)

Sur la scène internationale, la 2e moitié des années 80 fut caractérisée par des bouleversements politiques qui ont conduit à l’effondrement des régimes communistes à partir de 1988; culminant avec la chute du mur de Berlin en novembre 1989.

Il s’agit des fameux vents de l’Est, soufflés par la perestroïka (restructurations) et la glasnost (transparence, liberté de parole) lancées à partir de 1985 par Mikhaïl Gorbatchev. Ainsi dès février 1990 le monde francophone africain principalement connaîtra une vague de conférences nationales, dont le Bénin, suivis par le Gabon, le Congo, le Mali, le Togo, etc.

Non seulement le Togo était dirigé depuis 23 ans de mains de fer par le général Gnassingbé Eyadema, mais aussi son économie se dégradait et le pays était déjà à son 5e programme d’ajustement structurel. C’est ainsi depuis 1982 le Togo intégrera les mécanismes des négociations (FMI, la Banque Mondiale et le Club de Paris) pour le rééchelonnement de ses dettes. Le mal était profond et affligeant. Et depuis lors, les Togolais ne regarderont plus en arrière.

La 2e moitié des années 1980 au Togo

La dynamique sociopolitique au Togo était effervescente. Ainsi les Togolais feront l’expérience des charges explosives à Lomé en août, septembre et décembre 1985. Puis il y aura l’attaque commando de la nuit 23 au 24 septembre 1986 sous l’égide de Amah Julien Ayité, dit Sancho. Toutefois le commando sera trahi par un des leurs, qui était en fait un agent infiltré et ancien policier, notamment Agbotsey Godwin Ozou.

Et c’est dans ce climat que le général Gnassingbé Eyadema organisera en juin 1987 une table ronde avec les anciens ministres et leaders du temps du premier président du Togo, comme Hospice Dominique Coco, Paulin Freitas, Paul Amegee, Robert Ajavon, Anani Ignacio Santos, Georges ApédoAmah, Messan Hector Aithson, Firmin Abalo, le Colonel Kléber Dadjo, cependant sans aucune velléité de changement ou de réconciliation. Au contraire, la loi du 20 mai 1987 fera du 13 janvier, jour de l’assassinat du 1er président Sylvanus Olympio, la fête nationale du pays; en lieu et place du 27 avril jour de l’indépendance.

Le 9 juin 1987, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) sera portée sur les fonts baptismaux.

Les 20 ans du RPT, parti État, seront célébrés en pompe en septembre 1989, comme pour dire « le chien aboie, la caravane passe »; cependant plus pour longtemps. Bref le pouvoir RPT n’avait pas conscience de la situation.

En mars 1989 le professeur Adani Ifè tint une conférence au FOPADESC sur le thème « Problématique de la démocratie et progrès social : étude de cas »; une première sous le règne du général. Le 4 décembre1989 ce sera au tour de l’avocat Me Djovi Gally de délivrer une conférence sur le thème « l’indépendance de la magistrature, ciment de la démocratie américaine », au Centre Culturel Américain de Lomé.

Le 18 décembre 1989, c’est le doyen Godwin Tété et Daniel Kouévi-Akoé qui en transit vers Lomé seront arrêtés à l’aéroport d’Abidjan (Côte d’Ivoire), parce qu’ils avaient des copies considérées comme des tracts.

Le 26 décembre 1989, lendemain de Noël, les avocats du barreau seront convoqués à la maison du RPT ou Palais des Congrès pour être sermonnés.

Les années 1990 au Togo

Les 2 tours des dernières élections législatives au Togo avant l’ère de la CNS eurent lieu les 4 et 18 mars 1990 avec une supposée pluralité de candidatures. Ces candidatures devraient par contre avoir l’approbation du parti État RPT.

Puis il eut le 19 juin 1990 à la Baule le discours opportuniste du président français François Mitterrand, connu comme « le discours de la Baule ». En fait le train était parti depuis et il fallait le suivre. Et comme à l’accoutumée, les politiques français ont surfé sur cette vague.

La Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) verra le jour le 20 juillet 1990, sous la direction de Me Joseph Kokou Koffigah.

En septembre 1990, des étudiants et d’autres jeunes seront appréhendés pour des faits de distributions de tracts subversifs. Deux d’entre eux, Dossouvi Logo et Tino Doglo Agbélengo, seront jugés une première fois le 21 septembre 1990 au Palais de Justice de Lomé. Le 5 octobre 1990, ils comparaîtront une deuxième fois dans le même palais de justice. Et celle 2e comparution qui sera l’étincelle déclencheur des braises contestations ouvertes des années 90 au Togo.

Conférence Nationale Souveraine du Togo, Photo Paneliste

Les murs du palais de la justice trembleront ce 5 octobre 1990, l’hymne du Togo indépendant « la terre de nos aïeux », banni par le pouvoir RPT, sera entonné par la foule venue soutenir les jeunes privés de liberté. Le bilan de cette journée sera d’au moins 3 morts et plusieurs blessés.

En réaction à ces répressions sanglantes, l’Ordre des Avocats décida la même journée du 5 octobre d’entrer en grève pour 3 jours à compter du lundi 8 octobre.

Le pouvoir RPT tentera encore un autre coup pour essayer de reprendre la situation. Il institua le 10 octobre 1990 une commission de 109 membres pour élaborer une nouvelle Constitution. Ceci ne se concrétisera pas.

Dès novembre 1990, il y aura la grève des dockers et qui se poursuivra jusqu’en décembre 1990. Ils seront joints par les conducteurs de taxis pour des grèves généralisées sur la base de revendications socioprofessionnelles, de même que pour un processus démocratique.

Empêtré dans ces revendications plurielles, le pouvoir RPT du général Gnassingbé Eyadema proclamera une « amnistie générale » le 10 février 1991.

Toutefois les étudiants de l’université du Bénin de Lomé entreront pleinement dans le cycle des revendications avec le déclenchement d’une grève le mardi 12 mars 1991. Ils subiront aussi les affres de la répression sanglante.

Alors les mamans togolaises descendront dans l’arène le 15 mars 1991 pour exiger la libération des étudiants, bref leurs enfants emprisonnés. Elles ne seront pas non plus épargnées. La répression du pouvoir RPT est sans limites, généralisée et avec des armes de guerre.

Et le cas du jeune Lukman Fabualé en sera la parfaite illustration, car il sera le 16 mars 1991 renversé par une Jeep des FAT (Forces Armées Togolaise), qui fera marche arrière pour repasser sur son corps. Ce fut le summum de la violence brute.

Encore une fois, et dans un essai de manipulation de la colère populaire, le pouvoir RPT décrétera la création des partis politique le 18 mars 1991, de même que la liberté de la presse et le principe d’un « Forum national de dialogue ».

Les contestations ne fléchissent pas. Et 2 jeunes feront les frais de la répression militaire le 5 avril, en essayant de faire tomber la statue de Gnassingbé Eyadema, qui sera finalement enlevée de nuit le 9 juin 1991.

Toujours dans sa logique répressive, le pouvoir RPT décrétera un couvre-feu à la dernière minute le 9 avril 1991 pour endiguer les manifestations qui ne fléchissent pas.

Des unités de l’Armée togolaise (FAT) profiteront de ce couvre-feu pour massacrer les citoyens et les jetés ou les noyés dans la lagune de Bè à Lomé. Ce fut les tristement célèbres massacres de la « lagune de Bè » où 29 corps seront répéchés le 11 avril 1991, dont des femmes. Au moins une femme portait une grossesse et une autre un bébé attaché dans le dos.

Le FOD (Front de l’Opposition Démocratique) naîtra alors le 4 mai 199, qui est un regroupement de 15 partis politiques. Le FOD s’associera avec des associations et des confédérations syndicales pour former le COD (Collectif de l’Opposition Démocratique).

Les partis politiques regroupés au sein du FOD sont les suivants :

  • Le CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) ;
  • la CDPA (Convention Démocratique des Peuples Africains) ;
  • la CDPA-BT (Convention Démocratique des Peuples Africains-Branche togolaise) ;
  • le FDT-France (Front pour la Démocratie au Togo) formé par l’ADP, CDPA-BT, FLNT, MTD, OTTD, RTD)
  • le PAD (Parti d’Action pour le Développement) ;
  • le PDR (Parti pour la Démocratie et le Renouveau) ;
  • le PDU (Parti des Démocrates pour l’Unité) ;
  • le SDT (Social-Démocratie togolaise) ;
  • l’UDS (Union pour la Démocratie et la Solidarité) ;
  • et l’UTD (Union togolaise pour la Démocratie).

L’accord du 12 juin 1991 : le point de non-retour

Il eut les principes d’un accord suite aux discussions des 18 et 31 avril 1991 entre le gouvernement et l’opposition portant, entre autres choses, sur un « forum national de dialogue ».

Les négociations FOD et pouvoir RPT aboutiront à l’acceptation de l’organisation d’une « Rencontre nationale » que le pouvoir RPT présente comme un « Forum National de Dialogue », contrairement à l’opposition regroupée sous FOD qui parle de « Conférence Nationale ».

Finalement un accord sera trouvé le 12 juin 1991 pour l’organisation d’une Conférence nationale. Ce qui suspendit le mot d’ordre de grève générale lancé du 6 juin 1991.

Une fois cet accord obtenu, l’opposition s’empressa le 17 juin 1991 de dissoudre ces regroupements FOD et COD, au plus tard à l’ouverture de la Conférence nationale prévue le 8 juillet 1991. Une curieuse décision.

En fait chacun des opposants croyait le pouvoir à porter de main et voudrait tirer vers lui le plus grand bout du drap. Et depuis lors ce comportement sera observé à chaque occasion où les masses togolaises font tanguer le pouvoir RPT/UNIR.

Vidéo Conférence Nationale Souveraine du Togo, Débat

Le fils du premier président du Togo, Gilchrist Olympio reviendra au Togo le 7 juillet 1991 dans le cadre de l’« amnistie générale » du 10 février 1991. Ce fut un retour triomphal et historique.

La Conférence Nationale Souveraine (CNS) du 8 juill. 1991 – 28 août 1991

La Salle Fazao de l’Hôtel du 2 février sera le cadre de la CNS qui entamera ses travaux le lundi 8 juillet 1991.

Le bureau provisoire de la CNS se déclinera comme suit :

  • Namoro Karamoko (89 ans), le doyen d’âge des délégués et président
  • Kokou Assogba (16 ans), le plus jeune participant et secrétaire;
  • Mme Brigitte Kafui Johnson-Adjamagbo, rapporteuse
  • M. Komi Agudzé Vioka, membre;
  • Douroudjaye Tidjani, membre;
  • Béyédzé Dago, membre.

Les débats de procédures ont chambardé un peu les débuts de la CNS, mais tout débutera normalement le lundi 15 juillet 1991.

Déjà le 10 juillet 1991 les 16 représentants de l’armée togolaise (FAT) feront du va-et-vient, pour finalement quitter la CNS.

Les règlements intérieurs de la CNS seront adoptés le 12 juillet, avec l’élection du présidium le 13 juillet 1991 et composé de :

  • Mgr Kpodzro Fanoko Philipe, président;
  • Me Koffigoh Kokou Joseph, 1er vice-président;
  • M. Kétéhouli Boona, 2e vice-président;
  • M. Messanvi Foli Léon, secrétaire général;
  • Dr Djagba Dovi Todin, secrétaire général adjoint;
  • Me Dégli Jean Yaovi, rapporteur général;
  • Mlle Quashie Maryse, 1re rapporteure Gal adjointe;
  • Me Gally Djovi, 2e Rapporteur Gal adjoint;
  • M. Agbodan Mavor Michel, Trésorier général;
  • M. Samarou Issa, trésorier général adjoint;
  • Mlle Kuévidjen Andrée, 1re Responsable à l’organisation;
  • M. Akolly Anani Emmanuel, 2e Responsable à l’organisation;
  • M. Fabre Jean-Pierre, chargé des relations avec la presse;

Le 26 août 1991, général Gnassingbé Eyadema suspendra la CNS par communiqué radio. Les travaux de la CNS se poursuivront tout de même, sans retransmission sur les ondes radio et télé; pour finalement élire par consensus les 79 membres du Haut Conseil de la République (HCR) l’assemblée de la transition dénommée; de même que leurs suppléants.

Jacques Nteka Bokolo dit que « L’engagement politique auquel ne conduit l’amour pour l’homme manque de raison. »

Combien de ces délégués, suppléants et autres ont été de cette péripétie pour les bonnes raisons?

Qu’est devenu tout ce beau monde depuis lors?

À chacun d’en juger, cependant l’Histoire s’écrit et s’écrira!

Les 79 membres titulaires du HCR seront :

M. ABOTSI Kinikini, ACOUETEY Messan; Mme ADJAMAGBO-JOHNSON Brigitte Kafui; ADUBRAH Mawuli;  M. AGAH Gabriel; Me AGBAHEY Edoh; M. AGBESSI Mokli Pascal; AGBO Koutonin; AGBODAN Mavor Michel; Me AGBOYIBO Yawovi Appolinaire; M. AIDAM Cornelius; AJAVON Amakoé;  ALI DIABACTÉ Tadjoudine; D’ALMEIDA Mawutoe; AMÉGANVI Claude; AMORIN Ayao Tavio; APÉDO-AMAH Togoata Ayayi; ATANTSI Koffitsé Mawuvi; ATCHIKITI Ségla; ATIDÉPÉ Messan Marc; ATI-ATCHA Ayéney; AYÉVA Zarifou; AYÉVA Sessérékoua; BADJO Yao; BOUKA Bobee Mako Mathias; BUTU Agadezukpo; DABLAKA Ayi Christian; DARRAH Afangbédji; DIABO Edoh Kokou; Dr DJAGBA Todin Dovi; Me DOE-BRUCE Adam; DOSSEH Anani Raphaël; ÉDORH Amégnizi; ÉKON Mawuena Francis; ÉSSO-ATAM Akonalo Obed; FIAWUMO-DOTSEY Koffi Jean-Marie; GABA-DOVI Ayayi Théodore; GBIKPI-BENISSAN Têtêvi Norbert; GBONÉ Yawovi; Mme De GONZAGUES Adaku Sittu; GOZO Kodjo; GRUNITZKY Roger; HOMAWOO Jean-Pierre; HONYIGLO Kofi Léonard; JOHNSON Benyi Kpondanlon; JOHNSON Clarence Couadjoe; KADJAMA Di-Rem; KANTCHATI O. Issifou; KÉTÉHOULI Boona; KODJO Edem; KOLANI Henri; KPÉMISSI A. Eyana; Mgr KPODZRO Fanoko Philippe; LALLÉ Tankpadja; LAMBONI Kangbéni Boniface; LARÉ-LANTONE Kango; Me LAWSON Latévi Georges; M. LAWSON Nicolas; MASSÉMÉ Kokouvi Alphonse; MAWUSSI Komlan; MISSODEY Solété Adjéwoda; MONSILA Djato; M’BARÉMA Daguébéna; OUYENGA Agouta; SABOUTOU Akahou Tikpa; Pr. SEDDOH Komlavi; SOGOYOU Essoham Innocent; TADJÉRÉ Yawo; TÉTÉ-ADJALOGO Têtêvi Godwin; TOGBUI KPÉLI III Mawulom; TOTU Kodjovi; WAGUÉNA Meremdjougouna; WALLA Katanga Koffi; Mme WILSON Phanie; YAO Komlavi; Me YOVO Sika; M. ZINSOU Sénouvo; Me ZOTCHI Kodzo; ZOUMARO Lantame Dominique

Les membres suppléants étaient

ABALO Salifoulaye; ADAM Sitou; Mme ADANLÉTÉ Lydia; ADJALLÉ Abalo Valentin; Mme ADUAYOM Madeleine; AFAN-KINDÉ Innocent;  AGBÉKA Komla; AGUDZÉ Bernard; AHIANYO Akakpo; AJAVON Zeus; Me AKADE Sosso; Me AKAKPO Koffi Martial; AKAWÉLOU Tcha; AKPALY Anani Bruno; ALADJI Victor Yao Wéka; ALI Madjaye Tchalaré; ALMEIDA (d’) Amagan; AMAGLO (Togbui) Sadjo; AMÉGNIZIN Mawoussi; Mme AMOUZOU Adjoa Sika; AMOUZOU Avékoé Kodjo; ANANI Kouassi E. Jean; Me AQUÉRÉBURU Koffi Alexis; ASSIH Toyi; AYANOU Edoh Jean-Claude; AYISSOU Kokou; BABA Bamouni; BANKA Théophile; BAOUWIBADI Batchati; BOSSOU (chef) Yao Abossé II; DACKEY Kwassi Emmanuel; DANTANI Soulémane; Mme DISSOU Vicé; DJANÉYÉ-BOUGONOU Gbati; DJOGOU Kagnidé; DOMLAN Pierre; EDOH Agbéwonou; EUSEBIO Koufouli; FADAZ Fousséni Zibédou; FIANGOR Mawulli; GNENGBERTANE Bamok Namoune; GBÉNOU Kodjo; GBIKPI Daté; GNASSOUNOU Kokouvi Sylvain; HODOUTO Koffi-Kuma; HOUENASSOU Kahohonou Pascal; IHOU Amouzou; KAKOU P. Keffey-Kassouh; KARSA Mephase; KAVEGE Kwassi Gérard; KINVI-KOTO Ekoué; KOMLA Yao; KOUÉVI Hyppolite; KOUVAHÉ Dopé; KPAKPOU N’Tépé; LOGO Dossouvi; MAMA-LARÉ De Poukn; MEGBAYOWO Folly; NAMBOU Yao; NIMON Eni; NOUWAGA Amévi Laurent; N’GUISSAN Ouattara Komlan; NUKUNU Kodjo Elavagnon; OUKPINÉ Mouyila; PALOUKI Haredeme; PÉRÉ Dahuku; SAMBO A. Outouloum; SÉNOUVO Miwoanu; SINANDJA Paul; TAMÉKLOE K. Dankwa; Mme TARO Némé; TÉTTÉKPOE Dosseh; TOVIÉKOU Messan; Mme TRÉNOU Dédé;  WOZUFIA Daniel; Mlle YÉLOU Françoise; YÉLOU Yémavor; ZOUNNADJALLA Koffi.

Le 28 août 1991, l’élection du premier ministre de la transition sera le dernier acte de la CNS.

Cependant le processus fut ardu et chargé de combines. Le professeur Léopold Gnininvi et l’avocat Joseph Kokou Koffigoh se retrouveront dans une sorte de ballottage. Finalement dans une tragédie shakespearienne le professeur se désistera en faveur de l’avocat Me Joseph Kokou Koffigoh. Le décompte final est ci-après.

Me Joseph Kokou Koffigoh385
Léopold Messanvi Gnininvi312
Kwassi Elias Kpétigo40
Egbémimon Houmey     9
Joachim K. Agbobli        5
Emmanuel Dogbé3
Tableau de Décompte

Rideau sur la Conférence Nationale (CNS) et la perpétuation du règne des « éléments dits incontrôlés »

Conférence Nationale Souveraine du Togo- Intervenant

Déjà le 1er octobre 1991, les militaires qualifiés d’« éléments incontrôlés » prendront les antennes (radio et télévision) nationales le pour exiger la dissolution du HCR (Assemblée de la transition) et feront 5 morts et 30 blessés.

Juste une semaine plus tard le 8 octobre 1991, ces militaires prendront d’assaut la résidence du premier de la transition à l’hôtel 2 février sans pouvoir l’arrêter. Ils feront au moins 12 morts et des blessés.

Ces éléments dits incontrôlés retourneront de prendre les ondes le 27 octobre 1991 pour réclamer entre autres la dissolution du HCR et la nomination d’un nouveau premier ministre.

Le 3 décembre 1991 fut la terrible guerre intertogolaise, quand des militaires attaquèrent la primature de la transition avec des blindés. Le bilan sera très lourd. Le premier ministre de transition Joseph Kokou Koffigoh sera traîné devant le général Gnassigbé Éyadéma. Ce fut le début de la fin de la transition décidé par la CNS.

Le pouvoir RPT repris totalement la main sur tous les leviers.

1992, l’année des assassinats politiques d’envergure

Une fois l’arène politique reprise par le général Gnassingbé Eyadema avec l’attaque de la primature fin 1991, l’année 1992 sera une hécatombe sociopolitique.

  • Le code électoral sera adopté du 21 au 23 mars 1992 par le HCR éludé;
  • Le 5 mai 1992, c’est la tentative d’assassinat de Gilchrist Olympio à Soudou, dans laquelle le Haut conseiller Dr Marc Atidépé trouvera la mort avec d’autres militants,
  • Le 23 juillet 1992, Tavio Amorin du parti socialiste panafricain, l’un des politiciens togolais les plus prometteurs, sera assassiné à 34 ans par rafales de pistolet-mitrailleur à Tokoin-Gbonvié. Ses assassins ne seront jamais inquiétés.
  • Le 9 août 1992, le CENETI (Centre National d’Etude et du Traitement Informatique) sera saccagé et les fichiers électoraux détruits.
  • Les accords politiques seront signés le 19 août 1992, qui prolongeront la transition de 4 mois, avec la formation d’un nouveau gouvernement le 14 septembre 1992.
  • La constitution de 1992 sera plébiscitée par le peuple togolais dans une proportion inédite avec le référendum du 27 septembre 1992.
  • Les militaires prendront en otage les membres du HCR, Assemblée de la transition, les 22 et 23 octobre 1992, pour exiger le déblogage des fonds de l’ancien parti État RPT gélés par la CNS. Ce qui conduit à des mouvements de grèves de 72 heures et le limogeage de 2 ministres du pouvoir, notamment Kodjo Agbéyomé et Benjamin Agbéka.
  • Et le 16 novembre 1992 (Collectif de l’Opposition Démocratique) et les la confédération des Syndicats Indépendants (CSI) déclencheront une grève générale illimitée.
  • Dans ce climat de répression tous azimuts, Charles Pasqua ministre français et sénateur rendra une visite d’appui au général Gnassingbé Eyadéma

1993, l’année de l’exile de masse

Le mois de janvier 1993 sera apocalyptique. Le regroupement de l’opposition qui est rendu à sa 2e version COD-II rencontre le pourvoir RPT le 7 janvier 1993, dans le cadre de la formation du nouveau gouvernement.

Le général Gnassingbé promet alors une Force Spéciale de Sécurité, si la grève illimitée cessait.

Le premier ministre Joseph Kokou Koffigoh sera reconduit le 19 janvier 1993, mais la transition voulue par le HCR a vécu.

C’est dans cette atmosphère très délétère que les Ministres Français et Allemand, Marcel Debarge et Helmut Schäfer, arrivent au Togo dans un souci de trouver des pistes de solutions à la crise politique au Togo. Le COD-II organisa alors le 25 janvier 1993 une manifestation à la place Fréau Jardin pour faire la démonstration que les togolais veulent le changement. Ces manifestations seront atrocement réprimées par des tirs de fusils de guerre de militaires. Certaines sources font état de plus de 100 morts et des centaines de blessés. Le bilan officiel du pouvoir RPT sera de 20 morts et 100 blessés.

Cette autre répression ouverte, même en présence des ministres européens, déclenchera des vagues de départs massifs à l’exil dans les pays limitrophes (Bénin et le Ghana) et aussi vers l’intérieur du pays.  Ainsi entre le 30 janvier et le 2 février 1993 des milliers de Togolais fuyant la terreur se retrouveront dans des camps de réfugiés auBénin, du Ghana. Ce qui est inédit.

Les discussions seront déplacées à Colmar en France à partir du 8 février 1993 pour une table-ronde intertogolaise, sans aboutir à un résultat probant.

Le Pape Jean-Paul II ne sera pas du reste. Son envoyé spécial Mgr Etchegaray arriva à Lomé le 20 février 1993 pour rencontrer les différents acteurs de la crise sociopolitique togolaise.

Cependant, la répression aveugle continue. C’est ainsi que le 23 février 1993, Léopold Ayivi, l’attaché de presse de Edem Kodjo, sera blessé par balles et évacué à l’hôpital du Val-de-Grâce de Paris.

Le 8 mars 1993, l’initiative « Dialogue-Inter-Chrétiens » tente de rassembler toutes les sensibilités politiques, mais sans y parvenir.

le 22 mars 1993, le COD-II se retrouvera à Cotonou au Bénin pour charger Savee de Tové de former un gouvernement en exil. Ceci en réaction au 4e gouvernement de Joseph Kokou Koffigoh formé12 février 1993 sans y associer le COD-II.

Le 25 mars 1993 eurent lieu des purges au Camp RIT (Régiment interarmes togolais ) de Lomé, suite à une attaque. Parmi les exécutés sommairement il y aura le général Mawulikplimi Améyi (chef d’État-major particulier du général Gnassingbé Eyadéma) et le colonel Eugène Koffi Tepé (chef d’état-major adjoint) avec trois membres de sa famille. Le lieutenant-colonel Gnandi Akpo blessé succombera le 3 avril 1993 à l’hôpital du Val-de-Grâce de Paris.

Le parti État RPT désignera le 26 avril 1993 le général Gnassingbé Eyadema comme son candidat pour les élections présidentielles prévues pour les 20 juin et 4 juillet, qui seront reportées et ne se tiendront finalement que le 25 août 1993. Il y aura la participation de 3 candidats retenus, notamment le général Gnassingbé Éayadéma du RPT, Ifé Adani de l’ATD et  Jacques Amouzou de l’UDR.

Ces présidentielles d’août 1993 seront boycottées par le COD-II, car Edem Kodjo, son candidat, fut débouté par Gilchrist Olympio de l’UFC. Ce dernier déposera sa propre candidature, mais qui sera rejetée par la Cour suprême pour non-conformité de certificat médical.

Le 8 juin 1993, l’opposition togolaise établie à Cotonou au Bénin formera un Conseil Constitutionnel en lieu et place du HCR (Assemblée de la transition).

Joseph Kokou Koffigoh, de plus en plus en guéguerre avec ses collègues de l’opposition, initie le 11 juin « La Coordination des Forces Nouvelles » qui serait composée de 3 partis politiques (UDR, , ARENA, SOLITO) et de 3 associations (UNIFED, FONDER, CODEPO).

11 juin 93. «La Coordination des Forces Nouvelles» a ouvert au Palais des Congrès à Lomé son assemblée constitutive présidée par le premier ministre, Joseph Koffigoh qui est le leader virtuel de ce bloc politique. Cette coordination se compose de 3 partis politiques (UDR, SOLITO, ARENA) et 3 associations (FONDER, CODEPO, UNIFED)

Les négociations Ouaga-I débuteront le 17 juin 1993 à Ouagadougou au Burkina Fasso entre les acteurs politiques togolais, notamment le pouvoir RTP et l’opposition regroupée sous la bannière du COD-II. Un accord sera signé le 11 juillet 1993 avec les facilitations du médiateur Blaise Compaoré, président du Burkina Faso.

Le 9 septembre 1993, la Cour suprême proclamera les résultats des présidentielles du 25 août, avec 96.2% des voix pour le général Gnassingb. Eyadéma (RPT) et un taux de participation d’environ 39,50%.  Des observateurs comme le vice-président de l’Assemblée nationale française Gilles de Robien parlera de moins de 30% de participation

Une fois les présidentielles de 1993 enfoncées dans la gorge des Togolais, les législatives seront annoncées pour les 19 décembre 1993 et au 2 janvier 1994; puis reportées aux 23 janvier et 6 février 1994. Elles se tiendront finalement les 6 et février 1994.

1994, l’opposition joue sa victoire (majorité) aux législatives

L’année 1994 débuta avec la dévaluation de 50% de la valeur du franc CFA le 11 janvier 94. La monnaie CFA est utilisée par 14 pays subsahariens.

Au premier tour des législatives tenues le 6 février 1994 le CAR de MeYaovi Agboyivo obtint 19 sièges, l’UTD de Edem Kodjo 3 et le RPT de Gnassingbé Éyadéma 35 sur 81 sièges à pouvoir.  

Conférence Nationale Souveraine du Togo- Vue Partielle des Participants

Le CAR de Me Yaovi Agboyibo et l’UTD de Edem Kodjo, décident de constituer un front commun pour le second tour. Quoi de plus normal et salutaire pour le peuple togolais.

Au 2e tour du 20 février 1994, la tendance se conforte et le CAR totalisera 33 sièges, 37 pour le RPT, le CFN du premier ministre Koffigoh 1, l’UTD 6 sur 77. Car 4 sièges restent à combler.

Le tout sera démêlé le 14 mars 1994 par la proclamation des résultats par la Cour suprême. Le CAR cumule 36 sièges; UTD  7 pour un total de 43 sièges sur les 81 pour l’opposition et 35 sièges pour le RPT.

Oh non la scène politique togolaise n’a pas fini de déployer ses tragédies shakespeariennes. Les dés seront pipés plus que jamais.

C’est alors que Edem Kodjo déclarera que son parti UTD est une «entité charnière» située au-dessus de la mêlée, alors il se joignit au RPT du général Gnassingbé Éayademé et en devint le premier ministre. Le CAR de Me Yaovi Agloyibo boycotta et le gouvernement et le parlement. Le boulevard est tout pavé pour le RPT.

Le mois de mai 1994 sera marqué par la condamnation 5 ans de peine de prison du directeur de Forum Hebdo pour outrage.

Et le 13 mai 1994, un fourgon blindé de la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) sera attaqué sans que le contenu d’environ 9 milliards CFA soit atteint.

Le directeur de ’hebdomadaire La Parole Bertin Foly décédera le 19 mai 1994.

Le 6 septembre Ahlonko David BRUCE fonctionnaire et chef de cabinet de Mgr Fanoko Kpodzro (président du HCR) de Mgr Fanouko Kpodzro président du HC sera enlevé près de l’état-major des FAT, non loin de la présidence de la République togolaise. Sa fille de 9 ans et la nièce de sa femme (16 ans) étaient avec lui dans l’auto. Il ne sera jamais retrouvé.

Yoma Djoua, l’inamovible commandant tortionnaire devenu entre-temps lieutenant-colonel sera mis aux arrêts de rigueur le 31 octobre 1994 et serait soumis aux mesures disciplinaires des FAT le 28 décembre 1994. Il était l’un des baroudeurs cyniques du pouvoir RPT. 

Depuis la majorité législative de l’opposition de 1994 sacrifiée, tout sera doublement verrouillé par le pouvoir RPT, pour éviter une répétition

Ainsi depuis 1993 le Togo connaîtra 14 a eu 14 élections sans changement de paradigme, notamment:

  • 7 élections présidentielles en 1993, 1998, 2003, 2005, 2010, 2015 et en 2020;
  • 6 élections législatives en 1994, 1999, 2002, 2007, 2013 et 2018;
  • Et 1 élection locale en 2019.

Au sien de l’opposition politique togolaise il y a eu nombre d’unions, d’alliances, de regroupement, de coalitions sans de véritables convictions ou visions pour le peuple; notamment le FAR, le FOD, le COD-I, le COD-II, le PFC, le FRAC, la CST, la Coalition Arc-en-ciel, Groupe des 6, la C14, etc.

Ainsi depuis les révoltes du 5 octobre 1990, il y a eu au Togo plus de 26 négociations-accords entre les acteurs politiques togolais, notamment :

  • Février-Avril 1991, les négociations FAR (Front des associations pour le renouveau) et RPT/Gnassingbé Eyadéma;
  • Le 12 juin 1991, les accords COD/FOD – RPT/Gnassingbé Eyadéma;
  • Le 30.12.1991, le Nouveau Contrat social (NCS) avec la formation d’un GUN (Gouvernement d’Union Nationale);
  • Le 28 juillet 1992, la Commission mixte paritaire Opposition- RPT;
  • Le 8 février 1993, les négociations de Colmar (France);
  • Le 23 avril 1993, la Réconciliation Armée-Nation;
  • Le 11 juillet 1993, les Accords de Ouagadougou (COD-I);
  • Avril-mai 1994, négociation RPT/CAR/UTD au lendemain des élections législatives;
  • En 1998, l’Accord RPT – opposition démocratique (COD-II);
  • 9 au 11 juin 1999, l’ACL (l’Accord Cadre de Lomé);
  • 14 avril 2004, Accord politique gbobal (APC) ave 22 engagements du RPT auprès de l’UE et issus des négociations COD-III;
  • Mai 2005, négociation d’Abuja suite aux présidentielles du 24 avril 2005;
  • 7-9 novembre 2005, accords de San-Egidio UFC-RPT;
  • 14 juillet 2006, accord politique de base (APB);
  • Le 20 août 2006, l’Accord politique global (APG) qui était censé être l’accord ultime de la dernière chance avec RPT/Faure Gnassingbé; juste après le « carnage pour la succession du trône » de 2005;
  • En février 2009, le Cadre permanent de dialogue et de concertation fut adopté (CPDC);
  • Août 2009, accord de Ouagadougou;
  • Le 27 mai 2010, accord RPT-UFC;
  • Septembre 2011, rénovation du Cadre Permanent de Dialogue et de concertation (CPDC) et 3 ans après le 1er CPDC;
  • Février-Mars 2012, dialogue Togotélécom 1, Accord RPT-l’ANC-CAR;
  • En avril 2012, la Commission, Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR);
  • Juillet 2013, dialogue et accord CST-coalition Arc-en-ciel- RPT / UNIR
  • 21- Dialogue Togotélécom 2 entre CST- coalition Arc-en-ciel RPT/IJNIR, sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles (mars 2014)
  • Janvier 2015, dialogue interparlementaire CAR-ADDI-ANC-RPT/UNIR-UFC;
  • 19 février 2018, dialogue RPT/UNIR- opposition débuté le sous les auspices du Groupe des 5;
  • Fin juillet 2018, dialogue intertogolais et feuille de route à de la CEDEAO;
  • 14 juillet 2021, conclusion des travaux de la Concertation nationale des acteurs politiques (CNAP), débutés le 19 janvier 2021.

Actuellement les tractations sont en cours dans le cadre du CNAP-II pour aller aux élections régionales. Ce sera alors une 15e élection sans changement de paradigme, depuis la CNS.

Pour Thomas Sankara « Vous ne pouvez pas accomplir des changements fondamentaux sans une certaine dose de folie. Dans ce cas précis, cela vient de l’anticonformisme, du courage de tourner le dos aux vieilles formules, du courage d’inventer le futur. Il a fallu les fous d’hier pour que nous soyons capables d’agir avec une extrême clarté aujourd’hui. Je veux être un de ces fous. Nous devons inventer le futur. »

Par Joseph ATOUNOUVI